Critique théâtrale : « Chasselay et autres massacres » d'Eva Doumbia, un témoignage puissant entre fiction et réalité
4 mois ago

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« Chasselay et autres massacres » d'Eva Doumbia est un spectacle théâtral qui explore un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale : le massacre des tirailleurs sénégalais à Chasselay. À travers une écriture polyphonique qui mêle réel et imaginaire, l'autrice rend hommage à des vies longtemps oubliées, tout en s'interrogeant sur les façons d'écrire et de transmettre l'Histoire. Le spectacle, à la croisée du théâtre, de la kora et du piano, propose un dialogue entre soldats et villageois, activant une mémoire collective et participative.
Cependant, les critiques soulignent une certaine inégalité entre les éléments documentaires et fictionnels. Vincent Bouquet évoque une mise en scène qui ne parvient pas à rendre le spectacle totalement percutant, tandis que Victor Inisan note que le versant documentaire fonctionne mieux que la partie fictionnelle, créant une frustration dans l’équilibre narratif de l'œuvre.
Ce spectacle sera présenté au Théâtre Public de Montreuil, au CDN de Normandie-Rouen, et au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon entre janvier et mai 2026.
Dans la continuité de son œuvre, Eva Doumbia présente « Chasselay et autres massacres », un spectacle qui s'attaque à un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale : le massacre des tirailleurs sénégalais à Chasselay. À travers une recherche minutieuse et une approche narrative qui brouille la frontière entre réalité et fiction, l'autrice crée une fresque polyphonique riche en émotions. Les critiques sont partagées, oscillant entre l'admiration pour le projet audacieux et des réserves sur l'équilibre entre les éléments documentaires et fictifs. Cet article explore les divers aspects de cette œuvre qui rend hommage à des vies longtemps oubliées, tout en interrogeant notre rapport à l'Histoire.
Évocation d'un événement tragique
L'œuvre d'Eva Doumbia s'intéresse à un épisode souvent laissé dans l'ombre des livres d'Histoire : les massacres de tirailleurs sénégalais. Cette tragédie, trop peu évoquée dans le paysage culturel, mérite d'être éclairée à la lumière du théâtre. En choisissant de traiter cette thématique, l'autrice ne se contente pas de relater des faits, mais va au-delà en cherchant à faire résonner la mémoire collective. Le massacre de Chasselay représente un manque important dans notre compréhension de la guerre et des victimes souvent invisibilisées dans le récit historique traditionnel.
Une fresque polyphonique
Le spectacle se distingue par sa structure en fresque polyphonique. Soldats, villageois et l'autrice elle-même dialoguent sur scène, créant un espace de rencontre entre différentes voix et expériences. Cette multiplicité des perspectives permet de donner un écho à la diversité des mémoires et des vécus des protagonistes. Par cette approche, Doumbia parvient à rendre compte d'une réalité complexe et nuancée, invitation à la réflexion pour le public.
Art et mémoire : un dialogue entre théâtre et musique
Dans « Chasselay et autres massacres », Eva Doumbia ne se limite pas à une simple narration. Elle intègre des éléments théâtraux variés, tels que le théâtre, la kora et le piano, qui enrichissent le propos. Ces éléments musicaux apprentis renforcent la portée émotionnelle des scènes présentées. La musique devient alors un vecteur de mémoire, une façon d'atteindre des sensibilités plus profondes et de donner corps à des émotions souvent indicibles. Cette dimension artistique souligne l'importance de l'oralité et de la transmission des récits historiques par des formes d'expression vivantes.
Les critiques face au projet artistique
Les premiers avis autour de la pièce d’Eva Doumbia sont partagés. Des critiques comme Vincent Bouquet soulignent la nécessité du spectacle, soulignant qu'il aspire à remettre sur le devant de la scène des événements et des hommes qui ont été effacés par l'Histoire. Toutefois, il émet des réserves quant à la capacité de la pièce à se démarquer réellement. Il remarque que les personnages adoptent parfois des positions trop prévisibles, ce qui nuit à l'impact global de l'œuvre. Les fragments documentaires, pourtant vitaux, semblent souvent submergés par des éléments narratifs moins audacieux.
De son côté, Victor Inisan insiste sur le caractère bicéphale de l'œuvre, déplorant que l'équilibre entre les parties documentaire et fictionnelle soit inégal. L'approche documentaire, bien que pertinente, semble parfois écraser le versant fictionnel, laissant le spectateur sur sa faim lors des moments de tension dramatique. Ce mélange d'éléments fictionnels prévisibles et de vérités historiques pose la question de la perception du public et de l'effet que cela entraîne sur l'expérience théâtrale.
La question de la transmission de l'Histoire
« Chasselay et autres massacres » ne se contente pas de raconter une histoire ; il pose également une question cruciale sur notre façon de transmettre l'Histoire. À une époque où le véritable devoir de mémoire est plus que jamais d'actualité, l'œuvre de Doumbia interroge les méthodes de narration et la place des récits oubliés. Quelle mémoire souhaitons-nous conserver ? Comment le théâtre peut-il servir de moyen d'expression et de transmission face à l'oubli ? Ces interrogations se glissent subtilement dans le discours scénique, invitant le spectateur à réfléchir à son propre rapport à l'Histoire.
Une œuvre engagée
La proposition artistique d'Eva Doumbia va au-delà du simple divertissement. Elle incarne un acte engagé, une volonté d'interpeller le public sur des faits historiques souvent éludés. Ce choix de sujet montrent l'importance d'une recherche en profondeur pour faire surgir à la lumière des événements tragiques qui méritent d'être reconnus. À travers ses choix artistiques, Doumbia donne une voix aux sans-voix, rappelant que l'art a le pouvoir de défendre des causes sociales et politiques.
Le parcours de l'autrice
Eva Doumbia, en tant qu'autrice et metteuse en scène, a toujours cherché à créer des ponts entre divers univers artistiques, tout en maintenant un regard critique sur son époque. Avec « Chasselay et autres massacres », elle continue à défendre une narration qui allie fiction et réalité, préservant ainsi la mémoire de ceux dont les voix ont été étouffées. Son parcours souligne un engagement envers l'art comme outil de changement et de réflexion.
Des représentations à venir
Le spectacle sera présenté au Théâtre Public de Montreuil du 15 au 24 janvier 2026, suivi d’une représentation au CDN de Normandie-Rouen le 19 et 20 mars 2026, puis au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon du 5 au 7 mai 2026. Ces dates constituent une occasion inédite pour découvrir ou redécouvrir cette œuvre audacieuse qui interroge notre rapport à l'Histoire et à la mémoire collective.
Une expérience inoubliable
En fin de compte, « Chasselay et autres massacres » d'Eva Doumbia peut être perçue comme une œuvre à la croisée des chemins entre l'historique et le contemporain. Malgré les critiques, les forces en présence dans le projet en font un témoignage puissant. Le spectateur est invité non seulement à s'émouvoir, mais à s'engager dans un dialogue sur la mémoire et la transmission des récits oubliés. Au-delà du simple spectacle théâtral, c'est une expérience immersive qui pourrait résonner longtemps après la chute du rideau.
Pour les amateurs de théâtre et ceux désireux d'explorer des thématiques riches et contemporaines, « Chasselay et autres massacres » est à ne pas manquer. Pour en savoir plus sur cet événement et d'autres créations scéniques à découvrir, visitez ces pages :
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